Ventre, maison, fantôme
Image extraite du projet The Reality Check de l'artiste Nina Pacherová, qui explore le désir de maternité au travers d'images détournées des Sims.

Les jeux vidéo aiment les papas. Autrement dit : les jeux vidéo, et le monde entier, aiment les hommes. Mettre en scène un père, c’est valoriser une certaine vision de la masculinité. Le papa protège. Il transmet des valeurs. Il est révolté contre l'univers et n’hésite pas à utiliser la violence pour y survivre. Ses rares moments de douceur sont réservés à son enfant, réduit à un bien précieux plutôt qu’à un être humain. Car le daron des jeux vidéo est surtout triste. On nous demande de lui pardonner tous ses écarts, puisqu’il nous fait l’honneur d’avoir choisi la paternité. 

Les jeux vidéo peuvent aimer les mamans, à une condition : qu’elles soient invisibles. Elles disparaissent, n’ont aucune raison d’exister (enfants clones, robots) ou, encore mieux, elles sont mortes. C’est aussi vrai dans d’autres formes de fiction, ou dans la vie physique. “S’il y a autant de jeux avec des pères, c’est parce que des hommes ont des carrières assez longues pour 1) avoir de l’influence pour pitcher un projet sur ce thème 2) travailler en étant parent”, écrit la technical producer Shayna Moon sur Bluesky. “Souvent, c’est parce qu’ils ont des partenaires qui peuvent les soutenir financièrement, ou qui ont abandonné leur propre carrière pour s’occuper des enfants.” Les mères sont un ventre, une maison ou un fantôme. Elles ne font pas de jeux vidéo. 

Pragmata fait partie de ces jeux qu’on pourrait, a priori, ranger dans la vaste catégorie des sad dad games. La réalité est un peu plus nuancée (le média indépendant Aftermath parle plutôt de "jeu de tonton"). Hélas, Pragmata fait aussi partie de ces jeux qui attirent les réactions en ligne, telle une ampoule cernée de moustiques. Certains débats méritent d’être posés (la sexualisation de sa jeune héroïne par une minorité d’internautes). D’autres ne s’intéressent pas tant au contenu du jeu qu’à son apparence, exploitée au bénéfice d’une guerre culturelle misogyne. Plusieurs streameuses ont ainsi vu leur expérience de Pragmata récupérée par l’extrême-droite comme une preuve supposée de la défaite du féminisme face à la propagande nataliste. Là encore, le parallèle avec la vie physique est inévitable, dans un contexte de recul mondial des droits reproductifs. Les jeux vidéo, et le monde entier, détestent les femmes. Sauf quand elles subissent la maternité. 


Quoi de neuf chez Origami ?

Héloïse a passé sa semaine à terroriser la rédaction avec son test de Tomodachi Life. Regardez la dernière édition de L'Hebdo pour son opinion étayée du dernier life sim de Nintendo, et restez pour la fabuleuse histoire d'amour entre Mii!Sylvain et Mii!Florian.

Les Internet Exploreuses sont de retour au grand complet ! Dans notre dernier épisode, nous avons eu le plaisir de recevoir Pauline, une habituée de notre beau plateau, puisqu'elle a présenté l'émission pendant une partie de sa seconde saison. À trois, nous sommes tellement inarrêtables qu'on a réussi l'impossible : rire en parlant des masculinistes sur les réseaux sociaux.

On a appris mardi soir que le studio parisien Spiders, connu pour ses titres comme Greedfall ou Steelrising, fermait officiellement ses portes. Faute de repreneur pour cette filiale de Nacon, l’administrateur en charge du redressement du groupe d’édition français a demandé au tribunal de commerce sa mise en liquidation judiciaire. Plus de détails dans cet article de Gautoz, qui a révélé l'affaire, à retrouver par ici.

Vous l'aurez compris, Origami ce ne sont pas que des zozos filmé·es sur un plateau. Ce sont aussi des zozos qui publient des informations exclusives sur notre site, et d'autres qui parlent de camembert devant un micro pour le dernier épisode de Conf2Rédac, notre podcast exclusif pour nos abonné·es Patreon. Il faut de tout pour faire un média !


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Point Point Point

Qui a encore le temps de regarder des longs tests de jeux vidéo ? Vous, on l'espère. Mais si jamais vous êtes très pressé·es, voici une recommandation de la rédaction, résumée en trois points bien tassés.

1️⃣ La mère de Junon vient de faire un anévrisme. Cela fait des années qu’elles sont fâchées, mais c’est bien elle, et non sa sœur Diane, qui a été désignée comme son contact de confiance. Après la stupéfaction et la colère, c’est l’heure du choix : qu’aurait voulu cette mère si insaisissable ?

2️⃣ The Wreck est un jeu narratif dans lequel on suit cette journée fatidique avec Junon, alternant entre discussions au présent et une dizaine de souvenirs marquants, qui expliquent à la fois ses erreurs présentes et la manière dont elle pourrait les rectifier. Les dialogues, brillamment écrits, s’affranchissent du traditionnel rectangle de texte de bas d’écran pour s’incruster dans le décor et créer une expérience plus interactive.

3️⃣ The Wreck décrit la rencontre fracassante de drames maternels, sans jamais tomber dans le misérabilisme et un pathos excessif. Culpabilité, rancœur, souvenirs heureux et malheureux se mélangent pour offrir tout un nuancier d’émotions qui sonnent vraies et qui poussent, comme Junon, à une introspection douce amère. En tant que parent, en tant qu’enfant, ou les deux à la fois.

The Wreck, disponible sur à peu près toutes les plateformes, recommandé par Héloïse.


OK Vu

La revue de web de la rédaction.

Le hacking, ce mini-jeu mal aimé du jeu vidéo (Canard PC/article)

Congressman Teams Up With Popular Sims Streamer To Oppose Saudi Purchase Of EA (Aftermath/article/en anglais)


C'est tout pour aujourd'hui ! Avant de partir, je vous rappelle qu'il n'y aura pas d'Hebdo ce vendredi 1ᵉʳ mai. Bonne fête aux travailleur·euses, et gaffe à nos droits !

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