D'après nos informations, Spiders, studio parisien à l'origine de nombreux action-RPG depuis sa fondation en 2008, fermera bientôt. Faute de repreneur pour cette filiale de Nacon, l’administrateur judiciaire en charge du redressement du groupe d’édition français demandera ce mercredi au tribunal de commerce sa mise en liquidation judiciaire, une « simple formalité à ce stade » selon plusieurs sources proches du dossier.
Depuis quelques jours, les mises à jour de CV et les séances d’autoformation ont remplacé le travail sur les productions futures de la maison derrière GreedFall, Steelrising, Mars War Logs ou The Technomancer. Le CSE organise comme il le peut le rachat de leur matériel par les salarié·es qui le souhaitent et le staff de Spiders a choisi de transformer l'ultime verre hebdomadaire de ce soir en hommage formel aux dix-huit ans d’existence du studio. La loi française impose en théorie au liquidateur de procéder aux licenciements dans les quinze jours qui suivent le jugement.
La statistique est terrible : en France, 67% des entreprises placées en redressement judiciaire finissaient liquidées (d'après France Stratégie, dans une note d'analyse publiée en 2020). Peu de temps après sa cessation de paiement déclarée fin février, l'éditeur français Nacon, adepte des regroupements de trésoreries, avait entraîné dans sa chute certaines de ses plus grosses filiales. Spiders, KT Racing (anciennement Kylotonn), l'historique Cyanide et enfin Nacon Tech, un pôle de soutien spécialisé dans la motion capture, avaient tous demandé leur redressement judiciaire. Les quatre procédures ont été confiées au même administrateur déjà en charge du sauvetage de Nacon, à Lesquin dans la région Nord.
Très vite, l'éditeur français avait signalé son intention de renflouer ses caisses en cédant deux des quatre branches en difficulté - Spiders et Nacon Tech - avec l'espoir de trouver preneur avant mi-avril. Mais aucune offre n'a été formulée pour racheter ce vétéran du jeu vidéo AA à l'européenne, dont l'histoire a commencé il y a deux décennies. Quelques commandes de Focus Home Interactive d'abord, rapidement suivies d'une mission de co-développement sur Of Orcs and Men avec Cyanide. C'est finalement le projet Mars War Logs qui avait permis en 2013 à Spiders de prendre les rênes de son destin, longtemps lié aux ambitions créatives de sa scénariste, réalisatrice et directrice d'alors, Jehanne Rousseau.
Malgré plus d'une décennie de partenariats créatifs entre Spiders et Focus, c'est finalement son rival BigBen Interactive qui s'était offert le studio en 2019, dans le but d'en faire l'une des vitrines de son nouveau bras d'édition Nacon. Spiders avait alors rapidement décroché un premier succès pour le groupe d'Alain Falc avec Steelrising, Souls-like inspiré par la Révolution française. Puis l'entreprise s'était engagée pour la première fois de son histoire dans deux développements parallèles, compliqués par une réorganisation du travail jugée insuffisante et un changement de direction - Anne Devouassoux, ex-directrice de production chez Kylotonn, avait remplacé Rousseau en 2023.
L'un des deux projets - un jeu à licence, nom de code Dark - avait été annulé l'an dernier, après quoi Spiders avait concentré ses efforts sur la dernière ligne droite de la production de Greedfall 2 et la mise en chantier d'un nouveau pitch pour assurer l'avenir. C'est cette ultime pré-production qui occupait les quelques 70 employé·es avant que l'activité du studio n’entre en stase il y a quelques jours. Ces dernières années, l'actualité de Spiders était également rythmée par plusieurs alarmes relayées par le syndicat STJV, dénonçant une rapide dégradation des conditions de travail et un dialogue social lourdement empêché au sein du studio.
Sollicité au sujet du devenir de Spiders, Nacon n'a pas souhaité s'exprimer dans notre article.