La forêt brûle
Le badge "très officiel" de Gauthier

Surprise, aujourd’hui ce n’est pas Lucie qui vous parle, mais Gauthier ! Excusez mon intensité, je rentre du Game Camp 2026 et j’ai la frite. Marche aussi pour la banane ou la pêche, mais vu que le grand rassemblement annuel des pros du jeu vidéo se déroule à Lille, autant jouer local.

Sur le papier pourtant, l’idée de réunir quelque 1800 développeur·euses de jeux vidéo en 2026, entre une implosion de la sacro-sainte stabilité de l’emploi chez Ubisoft, un plan de licenciement en cours chez Quantic Dream, une alerte financière côté Don’t Nod, le redressement judiciaire dévastateur du groupe Nacon, les inquiétudes concernant le destin d’Arkane maintenant que Microsoft a sorti son hachoir et la financiarisation galopante de l’industrie… pas forcément un pitch que j’aurais qualifié de “diablement festif”. À dire vrai, l’inquiétude m’étranglait au réveil du premier jour. Allais-je assister à de passionnantes conférences sur la création de jeu vidéo, ses transformations et ses écueils ? Ou visiter une sorte d'hôpital de jour pour devs en pleine dissociation ? N’était-ce pas quelque part la pire année pour faire mon premier Game Camp ? Fort heureusement tout ça, c’était sans compter la solidarité, l’inventivité et la détermination folle que j’ai trouvées là-bas.

Coucou Héloïse !

C’est vrai que la forêt brûle, au sens propre comme au figuré. La bataille pour la visibilité des jeux indépendants n’a jamais été aussi âpre. L’argent revient peu à peu dans le jeu vidéo français, mais à petits pas craintifs. Pour un quart du budget espéré pour fabriquer votre jeu, un éditeur traditionnel attend désormais de vous toutes les garanties les plus fantasques, du plan marketing déjà conçu aux comptes de followers ou de wishlists Steam délirants. Même les belles histoires se terminent dans les larmes, comme celle d'une petite structure française saluée pour sa vision singulière du metroidvania : Douze Dizièmes, créateur de MIO: Memories In Orbit, est en train de fermer. Au Game Camp, les exemples de jeux envoyés au casse-pipe sans que personne les remarque côtoient ceux des studios indés discrètement mis à l’arrêt du jour au lendemain. Et alors que tout le système capitaliste qui structure la création, l’édition et la distribution de jeux vidéo ressemble à un plaidoyer géant pour que les devs changent de métier et passent à autre chose… Eh bien non. Hors de question, même. Qu’importe la crise, ils et elles refusent catégoriquement d’arrêter de créer des jeux vidéo.

Ce n’est pas une belle histoire de résilience. Vous lisez l'infolettre d'Origami, pas un post LinkedIn. Personne au Game Camp n’osera vous raconter qu’il faut s’accrocher, croire en ses rêves et que le travail paie toujours. Ici, celles et ceux qui ont rencontré le succès (Cairn, Sol Cesto, Gambonanza) partagent volontiers leur expérience et leurs réussites, mais n’oublient ni leur biais du survivant·e, ni le rôle de la chance. En revanche, glissez-vous dans le bon amphithéâtre, tendez l’oreille vers les bonnes discussions et vous constaterez que celleux qui ont trébuché ont aussi des choses à dire, des envies d’ailleurs, et des plans de plus en plus concrets.

Qu’est-ce qu’on peut faire différemment ? Comment continuer à dire en jeu ce qu’on veut dire du monde sans nourrir les machines prédatrices ? Et votre éditeur coopératif et solidaire, vous le construisez en bois ou plutôt en chaux ? C’est là, dans l’associatif, dans les embryons de regroupements locaux et dans les envolées lyriques à base de SCOP, de SCIC, de contrats équitables et de collectivisation des réinvestissements que s’est joué mon Game Camp. La forêt brûle…  mais les devs le savent depuis plus longtemps que nous. Certain·es ont même déjà déménagé dans le champ d’à côté pour réfléchir à d’autres découpages ; d’autres comme TyGames et sa profession de foi pensent de nouvelles manières de semer, capables de soutenir la création aussi bien dans le succès commercial que dans l’échec. Et nous, on vous racontera ces histoires-là durant notre quatrième saison.


Quoi de neuf chez Origami ?

Il fait chaud, prenez soin des vieux et vieilles de votre entourage ! Par exemple en les calant avec une gourde d’eau, un ventilateur et le nouvel épisode de Super Vieux Jeux, dédié aux plus belles jaquettes rétro. Ça devrait les rafraîchir au moins trois heures.

Et puisqu’on a bien besoin d’écologie (et d’élire des politiques qui prennent enfin leurs responsabilités face à notre futur catastrophique), le dernier épisode de Head Shot nous propose de renouer avec la nature. Marion s’entretient avec Edwige Lelièvre, donc la particularité a été d’abandonner son métier de développeuse pour devenir chercheuse … et finalement revenir aux jeux vidéo.

Ça y est, vous êtes à peu près détendu·es ? Alors ne regardez SURTOUT PAS ce résumé par Gautoz du massacre qui s’annonce chez Xbox et ses studios. De toute façon, j’ai toujours préféré la tisane au café amer.

Et enfin : dans la vie, on n’a pas toujours ce qu’on veut. Bien sûr qu’on aurait aimé profiter de la sortie de GTA VI pour publier cet épisode d’Ori·Ori Gaiden sur GTA Vice City. Disons que c’est un cadeau en avance. Elle est pas belle, la vie ?


Point Point Patreon

Gauthier a lâché l’info en toute tranquillité : Origami vous embarque pour sa quatrième saison ! On a beaucoup d’envies pour la rentrée et on a besoin de votre soutien. Car sans vous, on ne pourrait pas produire des émissions de qualité ou tester des choses un peu différentes, comme l’édito de Gauthier en intro de cette infolettre (si ça vous a plu, on a aussi des plans à ce sujet)

On est très fièr·es de notre petit média. On a aussi très conscience de sa précarité, parce qu’on a fait le choix d’un modèle économique fondé en grande majorité sur les contributions financières de notre audience. C’est plus sain que la publicité ou le sponsoring, mais c’est aussi plus instable. Donc si vous appréciez notre travail, et que vous en avez les moyens, vous pouvez nous soutenir dès maintenant sur Patreon. C’est même un excellent timing, puisqu’on brade actuellement nos tarifs : -50% pour votre premier mois, et -15% sur tous les abonnements annuels.

Et si les affaires d’Origami vous intéressent VRAIMENT, on vous réserve un petit live pour répondre à toutes vos questions le vendredi 3 juillet, au soir. Soyez au rendez-vous ! Et merci pour tout ! 


PS : vous avez déjà commandé votre casquette Origami ?

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