Le français Plug In Digital saigne son label d'édition Dear Villagers

Selon nos informations, l'éditeur-distributeur montpelliérain Plug In Digital annonçait lundi en interne un plan de licenciement qui vise à supprimer un emploi sur trois, dans le but de recentrer son activité sur la distribution de jeu vidéo.

Parmi la quinzaine de personnes ayant appris leur futur renvoi, une très grande majorité était employée par Dear Villagers. La filiale d'édition, qui employait plus de vingt personnes en 2024, ne tiendra bientôt plus que sur trois postes, chargés d'accompagner les projets actuellement sous contrat. Contacté par Origami, Plug In Digital confirme qu'une restructuration est en cours : « Plug In Digital traverse actuellement une phase de réorganisation de ses activités dans une industrie particulièrement difficile depuis plusieurs années. Dans ce contexte, un projet de réduction d’effectifs est effectivement amorcé » La société se refuse en revanche à prononcer la future disparition de Dear Villagers : « Nous allons continuer à éditer des jeux originaux sous ce label, mais il est vrai que le contexte économique oblige à être encore plus sélectif qu'auparavant. »

Dear Villagers a été fondé en 2017 sous le nom Playdius, avant d'être rebaptisé en 2019. Splasher, Foretales, ScourgeBringer, Le Donjon de Naheulbeuk : L'Amulette du Désordre, The Forgotten City, Caravan SandWitch et Fabledom sont quelques-uns des titres reconnus de son catalogue.

Parmi les causes de cette restructuration, plusieurs employé·es et ex-employé·es évoquent les échecs commerciaux d'un grand nombre de jeux sortis sur le label entre 2024 et 2026, dont Fort Solis, Terra Memoria, 1348: Ex Voto, Star Overdrive et Big Helmet Heroes. Rares sont les titres récents signés Dear Villagers dont les ventes ont permis à l'éditeur de récupérer sa mise (Fabledom et Caravan SandWitch sont de ceux-là) et le tout récent Deer & Boy, espéré comme un potentiel sauveur, n'a pas créé l'évènement – malgré une luxueuse mise en avant durant l'Opening Night Live du Summer Game Fest 2024.

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Si Caravan SandWitch a remboursé l'investissement financier de son éditeur, les ventes du jeu n'ont pas permis à son développeur de survivre et de mettre en chantier un second projet, comme nous l'expliquait Emi Lefèvre, du Studio Plane Toast.

Selon plusieurs sources, la situation de l'entreprise anime les discussions internes depuis de longs mois : « on nous a prévenu que tout Plug In Digital risquait de fermer fin 2027, sauf miracle ou restructuration capable de rassurer les banques » rapporte un·e employé·e.

Un premier label d'édition tourné vers les contrats rapides et rentables, PID Games, avait été mis à la retraite en 2024. « C'était un peu affreux, PID Games, très opportuniste et rarement respectueux des devs, mais ça servait de bouclier » admet un·e ex-employé·e, rejoint·e par plusieurs autres sur la nature « prédatrice » de nombreux contrats d'édition-distribution proposés aux studios indés par Plug In Digital entre 2020 et 2024.

Privé de son petit frère, Dear Villagers se retrouve alors avec une cible dans le dos. Exception faite de quelques vrais succès çà et là (The Forgotten City, Naheulbeuk), le label traverse en effet les années sans parvenir à dégager régulièrement des bénéfices. « Avec ces licenciements on a l'impression tenace d'avoir perdu la confiance de l'investisseur (NLDR : le britannique Bridgepoint, devenu en 2021 actionnaire majoritaire du groupe Plug In Digital) qui voit se succéder reports et échecs commerciaux depuis son arrivée aux commandes ».

Deer & Boy (2026)

Avant de se rater commercialement, 1348: Ex Voto et Deer & Boy avaient effectivement pris plusieurs années de retard sur leur calendrier de développement. Mais c'est le pilotage global des projets Dear Villagers qui interpelle depuis longtemps au sein des équipes. Plusieurs témoins s'attardent ainsi sur les décisions de l'ancienne direction éditoriale, qui aurait signé puis géré, parfois contre l'avis général, plusieurs contrats devenus par la suite de véritables gouffres financiers.

Et puis, il y a le sourcing et son fonctionnement, détaillé par un témoin : « les équipes chargées de repérer des jeux et trouver des contrats avaient pour priorité de dénicher de bon filons exploitables par la division distribution d'abord, et des jeux correctement éditables par Dear Villagers ensuite ». Une gestion des priorités qui, combinée aux décisions impopulaires prises coté gestion des développements, aurait déjà causé de nombreux départs en 2025.

« Comme beaucoup des premiers acteurs du boom indépendant, Plug In Digital a vu une demande en édition et a sauté sur l’opportunité sans avoir les compétences en direction de projets, en marketing et ainsi de suite », confie un ex-collaborateur. « Plutôt que d’apprendre, chez PID on a préféré forcer sur le chausse-pied. Résultat : on n'a jamais pris en compétence, on s’est voilé la face, au détriment des devs et des employés. »

L'équipe Dear Villagers tentait depuis de rebâtir les choses différemment, mais manquera finalement de temps pour convaincre : « C'est frustrant » confie un·e employé·e, « certains petits succès récents offraient des signaux positifs et validaient notre nouvelle politique éditoriale, ils arrivent trop tard. »

En parallèle, l'activité de distributeur de Plug In Digital a pu perdre quelques plumes, comme ces portages consoles du joli succès Alba: A Wildlife Adventure, fraîchement retournés entre les mains du développeur ou le portfolio des Brésiliens de Behold Studios, confié à d'autres au début de l'été. C'est néanmoins autour de ce pôle historique que se recentre aujourd'hui l'entreprise, à un moment où de nombreux autres financeurs de productions indés font de même sur le territoire. Playdigious abandonnait en mars dernier son programme Playdigious Originals, alors que Microïds, Nacon, Don't Nod et Quantic Dream ont eux aussi coupé ou réduit leurs investissements au cours des derniers mois.