Les années passent et une constante demeure dans l'industrie du jeu vidéo : Unity licencie. D'après nos informations, Unity Technologies (derrière le moteur du même nom) s'apprête à clore toutes ses opérations en France. L'antenne Unity France, qui emploie actuellement 91 personnes entre le 13e arrondissement de Paris, Compiègne, Lille et Grenoble, fermera bientôt ses portes. C'est le huitième licenciement de masse au sein de l'entreprise en quatre ans.
La rumeur de la fermeture de Unity France a déjà plusieurs fois agité les réseaux sociaux depuis l'annonce faite aux équipes début janvier. Au moins deux publications déplorant les futurs licenciements (l'une sur LinkedIn, l'autre sur Reddit) sont apparues avant d'être supprimées, sans que l'on puisse confirmer s'il s'agissait d'un acte de modération ou d'une décision des auteur·es.
Unity Paris a été fondé en 2015 autour de l'ingénieur Sébastien Lagarde (parti en 2022 chez Infinity Ward) comme une filiale de la division de Recherche et Développement Unity Labs. Sous la houlette de Sébastien Lagarde et Mathieu Muller, Unity Paris est devenu le berceau de certains des outils les plus populaires de la suite logicielle, parmi lesquels Graphics, HDRP et VFX Graph.
L'antenne a grossi en embauchant des expert·es dédié·es et en absorbant d'autres startups françaises, parmi lesquelles PiXYZ et Obvioos (devenu ensuite Furioos). L'activité de Unity Paris s'est ainsi concentrée depuis près de dix ans sur des produits stratégiques qui touchent au secteur du jeu vidéo, ainsi qu'à ceux de l'automobile, de l'architecture ou de la publicité.
En février 2025, les dernières coupes enregistrées chez Unity avaient fait l'objet d'une médiatisation particulière, déclenchée par plusieurs dénonciations visant les méthodes de communication employées. Des ex-salarié·es de l'équipe Unity Behavior disaient avoir appris leur renvoi via des mails envoyés en pleine nuit par une adresse en noreply@unity, sans possibilité de répondre ou d'obtenir la moindre information.
Loi française oblige, Unity ne peut normalement pas décider du même type de coupes express pratiquées sur des territoires moins regardants. Cependant le CSE de l'entreprise affirme que le dialogue social attendu dans les projets de licenciements économiques à grande échelle (les tristement célèbres PSE) serait pour l'heure totalement empêché.
La direction de l'entreprise refuserait depuis un mois de nommer un interlocuteur qui puisse s'exprimer pour elle, justifier cette fermeture ou expliquer aux employé·e·s comment elle compte maintenir les produits affiliés Unity France dans l'avenir. Le management de Unity Technologies tenterait en outre d'attribuer le mauvais déroulé des négociations aux élu·e·s du personnel « via des courriers diffamatoires adressés aux salariés ».
Dans ce même communiqué, récemment repartagé par la CGT Socetud, les salarié·e·s de Unity France posent la question de « la responsabilité sociale des multinationales » et exigent de leur employeur qu'il respecte la loi. Le document demande à la direction de rouvrir immédiatement un dialogue sincère et d'examiner toutes les alternatives à la fermeture. Si aucune autre issue n'était proposée, l'instance de représentation du personnel demande à l'employeur de garantir les meilleures protections financières aux licencié·e·s et des solutions de reclassement au sein du groupe pour les personnes éligibles.
Contacté par Origami, Unity Technologies n'a pas encore donné suite au moment de la publication de cet article.